Dans la région d’Izumo, dans la préfecture de Shimane, s’est développé un style de jardin japonais singulier appelé « jardin de style Izumo » (Izumo-ryū teien). Quelles en sont les caractéristiques ? Dans cet article, nous nous intéressons aux pas japonais (tobiishi).
Le jardin de style Izumo a évolué au fil des époques d’Edo, de Meiji et de Shōwa. Nous examinons ici les caractéristiques de ses pas japonais à travers ces trois époques.
À quoi servent les pas japonais ?
Tout d’abord, à quoi servent les pas japonais ? On imagine naturellement qu’ils servent à marcher. En effet, en marchant sur les pas japonais, on ne laisse pas d’empreintes dans le gravier et on n’abîme ni la mousse ni les plantes. Ils sont d’ailleurs suffisamment larges et disposés de façon à faciliter la marche.
Mais où mènent-ils ? Ils peuvent par exemple servir à se promener dans le jardin. De nombreux jardins japonais comportent un étang autour duquel on peut flâner : les pas japonais y sont alors disposés pour la promenade.
Qu’en est-il des jardins de style Izumo ? Dans certains d’entre eux, aménagés à l’ère Meiji (1868-1912) dans les demeures de riches agriculteurs, on peut faire le tour du jardin en suivant les pas japonais. C’est le cas, par exemple, du jardin de style Izumo du musée Izumo Bunka Denshōkan.
Pourtant, en observant attentivement les pas japonais, on s’aperçoit qu’ils font toujours un détour. Autrement dit, en les suivant, on arrive toujours à un endroit où l’on a quelque chose à faire.
Dans les jardins de style Izumo des maisons particulières de l’époque de Shōwa (1926-1989), on posait un très grand nombre de pas japonais. Les lieux auxquels ils mènent sont la véranda de la pièce de réception, les lanternes, le tsukubai et la porte intermédiaire (chūmon). La véranda donne accès à la pièce de réception ; les lanternes permettent d’allumer un feu ; le tsukubai sert à se laver les mains ; la porte intermédiaire mène de l’extérieur à la pièce de réception.
Bien sûr, nul besoin d’allumer réellement les lanternes ni de se laver les mains au tsukubai pour constater que les pas japonais les relient afin que l’on puisse y accomplir ces gestes.
Autrement dit, les pas japonais ne servent pas seulement à marcher, mais aussi à se rendre auprès des différents éléments du jardin.
Et ils sont disposés de telle sorte qu’en les regardant, sans même les emprunter, on peut se représenter la scène : ils donnent ainsi une histoire au jardin.

Des pas japonais posés haut
L’une des caractéristiques des pas japonais du style Izumo est qu’ils sont plus hauts que d’ordinaire – « d’ordinaire » désignant ceux que l’on voit à Kyoto et ailleurs au Japon.
Vous avez peut-être entendu dire que les jardins japonais, et en particulier les jardins de thé appelés roji, sont créés avec simplicité et discrétion, dans l’esprit du wabi et du sabi. C’est pourquoi on y pose les pas japonais juste au-dessus du sol, pour créer une atmosphère wabi-sabi.
À l’inverse, des pas japonais posés haut paraissent plus voyants : ils ont un aspect majestueux.
Pourquoi alors les pose-t-on si haut dans les jardins de style Izumo ? On dit que c’est par hospitalité : à l’époque d’Edo (1603-1868), le seigneur du château de Matsue logeait dans des auberges officielles appelées honjin lorsqu’il se rendait au grand sanctuaire d’Izumo. Les pas japonais auraient été posés haut pour que l’on puisse marcher dessus et tenir la cérémonie du thé même lorsqu’un peu de neige tombait en hiver.

Des meules en pierre parmi les pas japonais
Vous remarquerez, pas toujours mais assez souvent, qu’il y a parmi les pas japonais autre chose que des pierres plates.
Il s’agit de meules en pierre. Elles sont faciles à repérer : on les place généralement vers le milieu du parcours.
Ce n’est pas une particularité exclusive du style Izumo, puisqu’on en trouve dans d’autres régions, mais elles y sont si fréquentes qu’on peut les considérer comme l’une de ses caractéristiques.
La raison en est sans doute que la région d’Izumo prospérait grâce à la riziculture et que la meule était un outil familier, utilisé au quotidien. Une riche maison d’agriculteurs en utilisait certainement beaucoup. Parmi les galets naturels, une belle meule ronde façonnée par l’homme attire le regard sur le plan esthétique et apporte variété et beauté au parcours de pas japonais.
La meule est aussi un outil de commerce. Comme le jardin japonais est censé porter bonheur, elle exprimait peut-être le vœu d’une prospérité toujours plus grande.
La raison exacte fait encore l’objet de recherches, mais c’est une caractéristique très intéressante !

Le secret des pierres exceptionnellement grandes parmi les pas japonais
Les pas japonais sont généralement alignés avec des pierres de taille à peu près identique pour faciliter la marche. Or, dans le jardin de style Izumo, on trouve parmi eux des pierres non pas un peu, mais très grandes.
Si une pierre ordinaire mesure entre 20 et 30 cm de diamètre, une grande pierre peut atteindre 1 ou 2 mètres.
Ces pierres sont appelées « pierres du palanquin » (kagoishi) ou « supports de palanquin ». Le palanquin transportait le seigneur. Lorsque celui-ci arrivait au honjin évoqué plus haut, il entrait en palanquin par la porte d’honneur (onarimon) ; on posait le palanquin sur cette pierre, et le seigneur en descendait pour entrer directement dans la salle de style shoin.
Aujourd’hui encore, alors qu’il n’y a plus de seigneur, ces très grands pas japonais appelés « pierres du palanquin » subsistent comme un vestige de cette époque.

À Izumo, les interdits des pas japonais n’ont pas cours
Dans le monde des jardiniers, plusieurs règles s’appliquent aux pas japonais. L’une d’elles interdit de les disposer en croix.
Pourtant, dans les jardins de style Izumo, on les dispose en croix. Mais pas n’importe comment : en variant la taille des pierres, on les agence de façon qu’elles s’harmonisent entre elles.
Pourquoi ? Les techniques du jardin japonais, développées principalement à Kyoto, se sont diffusées dans tout le pays. Mais la région d’Izumo en a été relativement peu influencée, ce qui serait la preuve que des techniques de jardin propres à Izumo s’y sont épanouies.

Dans le jardin de style Izumo, les pas japonais sont très visibles, car ils sont posés au milieu d’une vaste étendue de gravier. Leur disposition singulière est également bien connue, et l’on reconnaît facilement un jardin de style Izumo. Il est sans doute rare, dans tout le Japon, de trouver des jardins où les pas japonais ont une telle présence. En comprenant leur signification, on peut saisir toute la valeur du jardin japonais. Le jardin de style Izumo mérite d’être considéré comme un patrimoine qui transmet l’histoire et la culture nées dans la région d’Izumo.

