Le yukimi-dōrō (lanterne « pour contempler la neige ») est une lanterne très appréciée pour son allure charmante, avec son large chapeau, et on la retrouve dans les jardins japonais de tout le pays. On la voit dans de nombreux jardins réputés, mais elle est aussi presque toujours présente dans les jardins privés. À Matsue, dans la préfecture de Shimane, les lanternes en pierre de Kimachi (kimachi-ishi) sont célèbres dans tout le Japon. Propres à la région d’Izumo, on les appelle « lanternes d’Izumo ».
En les observant de près, on remarque que leurs formes varient, mais qu’elles partagent toutes ce même aspect large et massif. Elles peuvent en revanche reposer sur quatre pieds, sur trois pieds, ou autrement.
Parmi elles, quelle est la bonne orientation pour une lanterne à trois pieds ? Feu M. Keiji Uehara, fondateur de l’enseignement de l’art paysager au Japon, l’a expliqué : voyons ce qu’il en dit.
Référence : Keiji Uehara, Comment créer un jardin de pierres, Kajima Shoten, 1996
La règle de la place d’honneur
Lorsque l’on installe une lanterne à trois pieds comme le yukimi-dōrō, on tourne vers l’avant – c’est-à-dire vers la place d’honneur – soit un pied, soit deux pieds. En principe, ce sont les deux pieds qui doivent faire face à la place d’honneur.
On le comprend en observant la façon de disposer le brûle-parfum dans l’alcôve (tokonoma).
Si le rouleau suspendu représente le Bouddha, le brûle-parfum est placé devant le rouleau ; comme il est offert au Bouddha, c’est le Bouddha qui est « l’avant ». On le place donc avec deux pieds tournés vers le Bouddha. À l’inverse, vu du côté des personnes, c’est un seul pied qui leur fait face.
En revanche, lorsqu’il n’y a pas d’image bouddhique dans l’alcôve et qu’un invité vient l’admirer, c’est l’invité qui est à honorer : les deux pieds sont alors tournés vers lui.
Dans un jardin, s’il y a derrière la lanterne une composition de type sanzon-ishi (trois pierres évoquant une triade bouddhique), les deux pieds doivent être tournés vers ces pierres ; c’est donc un seul pied qui se trouve face à la personne qui regarde la lanterne.
On suit là la même règle que pour les pieds du brûle-parfum.

En lien avec le bord de l’eau
Comme l’indique l’hypothèse selon laquelle le mot « yukimi » viendrait de « ukimi-dōrō » (lanterne qui semble flotter), on contemple généralement le yukimi-dōrō en le faisant « flotter » au bord de l’eau. Dans ce cas, compte tenu de son reflet, il vaut mieux le placer le plus près possible de la rive pour qu’il se reflète facilement à la surface de l’eau.
Lorsque la lanterne est posée avec un seul pied vers l’avant, vu d’en haut, c’est la pointe du triangle qui est devant : la distance va du centre de la lanterne jusqu’à cette pointe. Mais lorsque ce sont deux pieds qui sont devant, la distance la plus courte est celle qui va du centre du foyer jusqu’au milieu d’un côté du triangle.
Ainsi, pour contempler le yukimi-dōrō flottant au bord de l’eau, il est plus logique de placer deux pieds vers l’avant.
En pratique cependant, aligner les deux pieds parallèlement à la rive paraît trop calculé et manque de charme. C’est pourquoi on les décale souvent légèrement.

Le yukimi-dōrō est une lanterne populaire que l’on voit partout. Pourtant, la signification de son orientation est étonnamment méconnue. En comprenant le sens de l’orientation des lanternes, on peut apprécier le jardin japonais plus profondément. En cherchant le sens de chaque élément, on comprend les vœux et l’esprit qui animent le jardin.

